Mais je ne voulus plus jamais remettre les pieds dans cette maison empoisonnée par leurs mensonges. Je la fis vendre aux enchères publiques et reversai l’intégralité des fonds à une fondation d’aide à la réinsertion des femmes injustement incarcérées ou sorties de prison sans ressources.
Quant à Aster Medical Logistics, l’accord avec le groupe suisse fut renégocié sur de nouvelles bases, saines et transparentes. Je repris mon fauteuil de directrice générale, rappelai les anciens employés fidèles qui avaient été licenciés par Evan, et fis graver sur le marbre du hall d’accueil une citation d’Henry Whitmore : « La vérité ne craint ni le temps ni les tempêtes. »
Un an jour pour jour après cette nuit mémorable, un mardi matin, j’entrai dans l’appartement cossu de Margaret.
Je ne portais plus ma blouse bleue de femme de ménage, mais un tailleur en lin beige. Pourtant, la première chose que je fis en arrivant dans sa cuisine fut de remplir la bouilloire d’eau fraîche, d’allumer le gaz et de préparer deux tasses en porcelaine ancienne.
J’infusai le thé noir d’Assam avec une précision minutieuse, en surveillant l’horloge murale.
À trois minutes exactes, je retirai délicatement les sachets de thé pour les poser sur une coupelle, avant que l’eau ne devienne amère.
Je portai le plateau dans le salon où Margaret lisait son journal près de la fenêtre ensoleillée. Elle releva la tête, plissa les yeux avec malice et prit la tasse fumante que je lui tendais.
« Parfaitement dosé, Nora », dit-elle en portant la porcelaine à ses lèvres.
« Vous me l’avez bien appris, Margaret. »
Nous bûmes notre thé en silence, contemplant les toits de la ville qui s’éveillait sous la lumière dorée du matin. Un silence plein, apaisé, indestructible. Le silence de ceux qui ont traversé les ténèbres les plus épaisses sans jamais perdre leur âme, et qui savent que la justice, tôt ou tard, finit toujours par trouver son chemin.