« Daniel Mercier ? » déclara le commandant Valette en franchissant le seuil du bureau, brandissant un mandat d’arrêt à en-tête du pôle financier. « Vous êtes en état d’arrestation pour détournement d’actifs, tentative d’extorsion en bande organisée, falsification d’écritures publiques et violences conjugales aggravées. Vous avez le droit de garder le silence. »
Daniel ne bougea pas. Il semblait avoir vieilli de vingt ans en l’espace d’un quart d’heure. Ses épaules s’étaient affaissées, son regard était vide, hagard, incapable d’assimiler la chute vertigineuse de son empire de sable. Deux policiers s’approchèrent, saisirent ses bras et lui passèrent les menottes en acier dans le dos. Le cliquetis métallique résonna dans le bureau avec une netteté chirurgicale.
Lorsqu’ils le firent pivoter pour l’emmener, son regard croisa une dernière fois le mien. Il y avait dans ses yeux une lueur de haine impuissante mêlée d’un effroyable sentiment de honte.
« Tu as détruit ma vie », siffla-t-il entre ses dents serrées.
« Non », lui répondis-je doucement en posant mon mouchoir taché de sang sur la table. « Tu as simplement voulu jouer à un jeu dont tu n’avais pas les moyens de payer les règles. Je ne t’ai rien gâché, Daniel. Je t’ai seulement rendu à ta véritable place : nulle part. »
Ils le firent descendre l’escalier. Je marchai lentement jusqu’à la grande fenêtre de la galerie ouest. Dehors, la pluie fine de la nuit d’automne commençait à tomber, faisant luire les gyrophares bleus qui illuminaient les façades de pierre de taille du domaine. J’observai toute la lignée des Mercier être escortée vers les véhicules de police : Patricia, les cheveux défaits et ses prétentions aristocratiques réduites en cendres ; les cousins cupides vidant leurs poches pleines d’argenterie sous les regards dégoûtés des gendarmes ; et enfin Daniel, poussé sans ménagement à l’arrière d’un fourgon cellulaire.
Marcus Reed s’approcha silencieusement et se posta à mes côtés, tenant à la main une tasse de thé fumante qu’il me tendit.
« Tous les avoirs sont sécurisés, Hélène. Les banques ont validé les gels conservatoires. La demande de divorce pour faute exclusive et sévices est déposée auprès du greffe. Dès demain matin, ton nom de jeune fille sera rétabli dans tous les registres publics. »
Je pris la tasse entre mes mains froides. La chaleur bienfaisante de la porcelaine dissipa le dernier vestige de tension qui nouait mes épaules.
« Merci, Marcus. »
« Qu’allez-vous faire du manoir ? » demanda-t-il avec respect en contemplant le parc immense qui s’étendait dans l’obscurité.
Je bus une gorgée, sentant le goût amer du thé effacer définitivement le goût de mon propre sang. Je me retournai vers la vaste pièce vide, purifiée de leurs voix, de leur suffisance et de leur médiocrité.
« Ouvrez les fenêtres pour aérer cette maison », dis-je d’une voix posée en franchissant la porte du bureau. « Et faites dresser la table pour une seule personne demain matin. Le cauchemar est terminé. »