« Assez, » trancha Ethan en relâchant son étreinte. Margaret s’effondra en toussant convulsivement sur le sol.

Ethan se releva, sortit un mouchoir immaculé de sa poche et s’essuya les mains avec un soin méthodique. « Où sont les équipes de Moretti ? »

Margaret laissa échapper un rire rauque, entrecoupé de quintes de toux. « Regarde par la fenêtre, Ethan. Tu as verrouillé les grilles principales, mais qui contrôle le poste de garde du secteur Est ? Ton fidèle lieutenant Vane ? Il a vendu sa loyauté il y a six mois pour dix pour cent des parts du terminal céréalier. Ils sont déjà dans le parc. »

Comme en réponse à ses paroles, une détonation puissante ébranla l’aile est de la bâtisse. Le son caractéristique d’une charge creuse pulvérisant une porte blindée. Immédiatement après, le crépitement frénétique d’échanges de tirs automatiques déchira le calme du domaine, accompagné des aboiements furieux des bergers allemands du chenil, rapidement étouffés par des décharges étouffées de silencieux.

Ethan ne paniqua pas. Sa métamorphose fut instantanée : le père blessé s’effaça totalement devant le seigneur de guerre impitoyable qui régnait sur la pègre de la côte depuis quinze ans.

« Vane a toujours été un médiocre, » murmura-t-il froidement. Il se tourna vers ses deux gardes. « Exécutez-la. Pas de balles. Une injection de son propre poison. Qu’elle ressente ce que ses poumons deviennent quand le diaphragme refuse d’obéir. »

« Non ! » m’écriai-je d’instinct, horrifiée. « Monsieur Caldwell, non ! Vous ne pouvez pas faire ça devant moi ! »

Ethan posa son regard d’ambre sur moi, un regard d’une dureté absolue qui me cloua sur place. « Anna, tu as sauvé la vie de mon fils en lui faisant faire ces huit pas. Ne gâche pas ton courage en jouant les saintes. Cette femme a scellé son destin le jour où elle a empoisonné le biberon de Noah. Gardes, faites ce que j’ai dit. Toi, avec moi. Maintenant. »

Il m’attrapa par le poignet et m’entraîna à travers le couloir alors que Margaret commençait à hurler, un cri d’animal pris au piège qui fut brutalement étouffé derrière la porte que les hommes refermèrent.

Nous dévalâmes l’escalier hélicoïdal menant aux sous-sols. Les bruits de combat se rapprochaient avec une rapidité alarmante. Les assaillants étaient disciplinés, coordonnés ; ce n’étaient pas des voyous de rue, mais des mercenaires chevronnés employés pour un nettoyage en règle. Des tirs de fusil à pompe déchirèrent les boiseries de la galerie des portraits au rez-de-chaussée, suivis de bruits de verre brisé et d’ordres hurlés en dialecte napolitain.

Ethan m’enfonça dans le vestibule d’accès au niveau inférieur, verrouillant derrière nous une grille en fer forgé doublée d’une plaque de blindage balistique.

« Écoute-moi très attentivement, » dit-il en me tendant la trousse médicale contenant les ampoules de sugammadex. « Au bout de ce couloir se trouve la salle de panique principale. Noah y est avec Marco. Il y a un tunnel d’évacuation qui débouche dans une ancienne cave vinicole, à quatre cents mètres au nord, de l’autre côté de la route départementale. Une berline noire banalisée y est stationnée. Les clés sont sous le passage de roue arrière gauche. »

« Et vous ? » demandai-je, les tempes battant à tout rompre.

« Je reste ici. Je suis l’homme qu’ils sont venus chercher. Si Moretti croit que je tente de fuir avec l’enfant, ses drones et ses équipes d’interception boucleront tout le comté en dix minutes. Si je combats ici, ils concentreront leurs forces sur le manoir. »

« Vous allez mourir, Ethan. Ils sont trop nombreux. »

Un sourire fugace, presque carnassier, étira les lèvres du parrain. « Ce manoir n’a pas été construit comme une résidence bourgeoise, Anna. C’est une forteresse construite sur les ruines d’un bunker de la Seconde Guerre mondiale. Je connais chaque centimètre carré de ces murs. Eux non. »

Il posa sa main calleuse sur ma nuque, m’obligeant à soutenir son regard. La férocité avait disparu, remplacée par une vulnérabilité brute, déchirante.

« Fais-le remarcher, Anna. Fais-le courir. Ne le laisse jamais savoir ce que son père a dû faire pour que son monde continue de tourner. Promets-le-moi. »

« Je vous le promets, » soufflai-je, les yeux brûlants de larmes.

« Maintenant, cours ! »

Il me poussa dans le couloir obscur et arma son fusil d’assaut compact qu’il avait récupéré dans une niche murale. Je m’élançai sans me retourner.

Derrière moi, l’enfer se déchaîna. Une explosion souffla la grille que nous venions de franchir, projetant des éclats de fonte contre la roche brute du souterrain. Des détonations assourdissantes éclatèrent, illuminant les ténèbres d’éclairs stroboscopiques. La voix d’Ethan résonnait, impériale, terrifiante, ponctuée par le rugissement régulier de son arme automatique et les cris d’agonie des premiers assaillants à s’engager dans le goulot d’étranglement.

Je courus à perdre haleine, mes chaussures glissant sur l’humidité suintant des parois de calcaire. Au bout de la galerie, la porte blindée de la salle de panique était entrouverte de quelques centimètres.

« Marco ! C’est Anna ! Ne tire pas ! » criai-je en approchant.

Le lourd battant s’ouvrit d’un coup sec. Marco me saisit par l’épaule et me tira à l’intérieur avant de refermer le pêne hydraulique d’un tour de volant.

Noah était assis sur une malle métallique, enveloppé dans une couverture de survie dorée. Ses grands yeux terrifiés se posèrent sur moi dès que j’entrai.

« Anna ! Où est papa ? C’est quoi ce bruit ? »

Je m’agenouillai immédiatement devant lui, posant ma trousse sur ses genoux pour masquer le tremblement incontrôlable de mes mains. « Ton père retient les méchants pour que nous puissions partir, Noah. Mais avant de courir vers la voiture, il faut qu’on fasse une chose essentielle. Tu te rappelles ce que je t’ai dit dans le jardin ? À propos de tes jambes ? »

Il hocha la tête, reniflant doucement. « Tu as dit que mes jambes dormaient à cause du sirop amer de Margaret. »