Les deux agents de la police militaire ne laissèrent aucun répit à Brenda. Alors qu’elle tentait de faire volte-face pour redescendre les marches, l’un d’eux lui saisit fermement l’avant-bras d’une prise de neutralisation parfaite. En un quart de seconde, la mégère fut déséquilibrée, projetée contre le pupitre en acajou, et ses bras furent ramenés violemment dans son dos. Le cliquetis sec et métallique des menottes à double verrouillage retentit dans la salle comme un coup de feu.

« Lâchez-moi ! » vociféra-t-elle, les joues pourpres d’indignation et de fureur. « Thomas ! David ! Ne restez pas plantés là comme des imbéciles ! Appelez notre avocat ! Appelez la police locale ! Ces brutes n’ont pas le droit de me toucher ! »

David tenta enfin de se lever, galvanisé par les hurlements de sa mère. « Hé ! Vous n’avez pas le droit de faire ça à ma mère ! » cria-t-il en amorçant un pas vers l’allée centrale.

Il n’eut pas le temps de faire deux mètres.

Deux rangers en béret vert assis au bout de la rangée se levèrent d’un même mouvement. L’un d’eux posa une main d’acier sur le torse de David, l’arrêtant net avec une force si brutale que le jeune homme manqua de perdre l’équilibre et retomba lourdement sur son fauteuil, le souffle coupé, le visage soudainement blême sous l’effet d’une terreur primitive.

« Reste assis, petit », lâcha le ranger d’une voix sourde et sans réplique. « Si tu bouges ne serait-ce qu’un cil, tu passeras la nuit dans une cellule en béton avec elle. »

Le général Hayes s’avança jusqu’au microphone de la tribune. Le silence redevint absolu, troublé seulement par les respirations courtes de l’assistance et les râles étouffés de Brenda, immobilisée sans ménagement par les deux policiers militaires.

« Mesdames et messieurs, veuillez garder vos places », déclara le général. Sa voix résonnait dans les haut-parleurs avec une clarté redoutable. « Cette cérémonie n’est pas terminée. La lâcheté et la barbarie n’ont jamais eu le pouvoir d’interrompre les devoirs de cette nation envers ceux qui versent leur sang pour elle. »

Le général fit un signe de la tête aux infirmiers. « Sergent Nora, pouvez-vous tenir debout ? »

Je regardai le général. Mon bras était désormais enfermé dans une gouttière rigide et sanglé, soutenu par une écharpe improvisée. La douleur battait comme un tambour de guerre dans mes veines, mais la rage m’insufflait une énergie brute, froide, indestructible.

« Oui, mon général », articulai-je d’une voix ferme malgré le tremblement involontaire de mes lèvres.

L’infirmier m’aida à me relever. Je redressai l’échine, ramenai mes pieds au garde-à-vous et fixai le fond de la salle, ignorant délibérément le regard éperdu de Thomas qui, pour la première fois de la journée, avait enfin levé les yeux, terrifié par l’ampleur de ce qui était en train de se produire.

Le général Hayes se tourna vers Brenda, dont le visage était désormais plaqué de côté contre le panneau de bois du pupitre, décoiffée, les yeux écarquillés par une stupéfaction haineuse.

« Vous avez osé qualifier ce soldat de déchet dans un costume », commença le général, chaque mot martelé avec une froideur chirurgicale. « Vous avez affirmé qu’elle jouait les victimes. Il semble évident que vous ignorez tout de ce qui s’est passé il y a sept mois dans la vallée de Shigal, en Afghanistan. Et puisque vous avez choisi d’interrompre cette cérémonie avec violence, vous allez maintenant entendre, mot pour mot, le rapport de citation qui justifie la présence de cette jeune femme sur cette estrade. »

Brenda tenta de cracher au sol, mais l’agent de police militaire resserra son étreinte d’une pression calculée sur ses poignets, lui arrachant un couinement de douleur.

Le général déplia un dossier en cuir noir frappé de l’aigle doré du département de la Défense. Il ne regardait pas seulement Brenda ; il balayait l’ensemble de la salle, s’assurant que son message pénétrait l’esprit de chaque témoin présent, et particulièrement celui des deux hommes assis au troisième rang.

« Le 14 novembre dernier », lut le général d’une voix solennelle qui fit frissonner l’auditoire, « le convoi de ravitaillement médical dirigé par le sergent Nora a été pris dans une embuscade tendue par plus de cinquante insurgés lourdement armés dans un défilé rocheux. Le véhicule de tête a été pulvérisé par un engin explosif improvisé. Le véhicule de commandement a été criblé de tirs de roquettes RPG et de mitrailleuses lourdes. Le lieutenant responsable de l’unité a été tué sur le coup. Le commandant en second a été mortellement blessé. »

Dans la salle, plusieurs officiers baissèrent la tête en hommage, les mâchoires serrées.

« Seule sous-officière encore valide au milieu d’un enfer de feu et d’acier », poursuivit Hayes, « le sergent Nora a refusé l’ordre de repli suggéré par la radio tactique. Elle a pris le commandement de la zone d’engagement. Alors que les véhicules flambaient et que les munitions explosaient à l’intérieur des blindés, elle a rampé sur plus de quatre-vingts mètres sous un tir nourri de snipers pour atteindre le blindé de commandement en feu. »

Le général marqua une pause. Ses yeux se posèrent sur Brenda avec une intensité glaçante.

« Elle n’a pas cherché à sauver sa propre peau. Elle a extrait un premier sergent grièvement blessé, traversant à découvert une ligne de tir ennemie. Puis elle est retournée dans la carcasse en flammes pour en sortir un capitaine inconscient. Ses vêtements brûlaient, sa chair était déchirée par les éclats de shrapnel — les mêmes éclats dont les résidus sont encore logés près de sa colonne vertébrale aujourd’hui. Elle a appliqué des garrots, administré des soins d’urgence sous le feu, tout en utilisant le fusil d’assaut d’un camarade tombé pour neutraliser quatre assaillants qui tentaient d’encercler leur position. »

Brenda cessa de se débattre. Une lueur d’inquiétude commença à percer à travers le masque de sa fureur. Elle regardait le général, puis moi, incapable d’assimiler que la fillette chétive qu’elle enfermait autrefois dans un placard sans lumière était la même personne décrite dans ce rapport officiel de combat.