Nolan éclata d’un rire forcé, théâtral, bien qu’une lueur d’inquiétude commençât à poindre au fond de ses pupilles. « Et qui va nous forcer, ma pauvre fille ? La police ? Les tribunaux ? Tu sais combien de temps prend une procédure d’expulsion dans cet État ? Au bas mot six à huit mois. Même si Maman te soutenait — ce qu’elle ne fera jamais parce qu’elle tient trop à ses petits-enfants —, vous ne pouvez rien faire sans passer par un juge ! »

« Tu as tout à fait raison, Nolan », concédai-je avec un sourire glacial. « L’expulsion d’un locataire ou d’un occupant sans titre par le propriétaire légal peut prendre plusieurs mois. Sauf que vous n’avez aucun bail. Vous n’avez aucune trace de loyer payé. Mais surtout, il y a un détail juridique fondamental que tu as négligé dans tes petits calculs mesquins. »

Je sortis de ma pochette une liasse de feuilles timbrées et les posai à plat sur la table en verre, les faisant glisser vers lui d’une chiquenaude.

« Regarde attentivement la première page. Lis le nom de l’acquéreur. Lis le nom de la seule personne inscrite sur le titre de propriété depuis le premier jour. »

Nolan jeta un coup d’œil distrait aux papiers, puis ses yeux s’écarquillèrent. Il s’empara fébrilement du document, tournant les pages avec une précipitation paniquée. Son souffle devint court.

« Ce n’est pas possible… » bredouilla-t-il, la voix soudainement blanche. « Tu… tu avais dit que tu achetais cette maison pour Maman. Tu as dit que c’était son cadeau de retraite ! »

« J’ai acheté cette maison pour que Maman y vive », rectifiai-je, chaque mot tombant comme un couperet sur un billot. « Mais je n’ai jamais transféré la propriété. Je ne suis pas stupide, Nolan. Je savais que ton entreprise s’était effondrée à cause de tes placements foireux et de tes dettes de jeu. Je savais qu’un jour ou l’autre, des créanciers viendraient frapper à sa porte si son nom apparaissait sur un patrimoine saisissable. J’ai gardé la maison à mon nom pour la protéger des prédateurs extérieurs. Je n’avais simplement pas imaginé que le prédateur le plus répugnant sortirait de sa propre chair. »

Tamson arracha le document des mains tremblantes de son mari. Ses yeux balayèrent les lignes, s’arrêtant sur les cachets officiels du notaire et le tampon du registre d’enregistrement de l’État. Sa lèvre inférieure se mit à trembler, non pas de honte, mais d’une rage impuissante.

« C’est une arnaque ! » hurla-t-elle. « Tu as manipulé tout le monde ! Nous avons des droits ! Nos enfants dorment ici ! Leurs affaires d’école sont ici ! Nos amis viennent dîner ici ! Tu ne peux pas nous jeter dehors comme des chiens ! »

« Vos droits ? » demandai-je en esquissant un pas vers elle. « Vous n’avez aucun droit. Vous êtes des invités qui ont abusé de l’hospitalité d’une propriétaire absente. Et ce n’est que la partie civile de vos problèmes. »

J’ouvris mon ordinateur portable et tournai l’écran vers eux. La liste exhaustive des relevés bancaires apparut, avec les surlignages en rouge marquant chaque transfert illégal vers NS Consulting.

« Voici les preuves matérielles d’abus de faiblesse caractérisé sur personne vulnérable et de détournement de fonds », continuai-je sans la moindre pitié. « En dix-huit mois, tu as dérobé près de cinquante mille dollars sur les comptes de Maman. J’ai également trouvé dans ton tiroir le dossier de mise sous curatelle frauduleuse et le faux certificat médical que tu t’apprêtais à déposer au tribunal. Dans cet État, l’exploitation financière d’un aîné couplée à une tentative d’escroquerie au jugement est un crime passible de cinq à dix ans de réclusion criminelle ferme. »

Nolan s’effondra sur une chaise, se prenant la tête entre les mains. La sueur perlait à la racine de ses cheveux. « Iris… s’il te plaît. Tu ne ferais pas ça à ton propre frère. Tu ne m’enverrais pas en prison. Pense à Caleb. Pense à Sophie. Ils ont besoin de leur père ! »

« C’est curieux », murmurai-je, la voix chargée de dégoût. « Tu ne pensais pas beaucoup à ces enfants quand tu leur apprenais implicitement que leur grand-mère était une servante bonne à loger près du chauffe-eau et à nettoyer la graisse de ton barbecue. Tu n’as eu aucune pitié pour la femme qui a ruiné sa santé à nettoyer les toilettes des autres pendant vingt ans pour payer tes études de commerce et rembourser tes premiers crédits auto. »

Tamson, voyant la forteresse s’écrouler, tenta un revirement désespéré. Ses yeux s’emplirent de larmes feintes. « Iris, écoute… C’était une mauvaise passe. La faillite nous a rendus fous. On était sous pression, les dettes s’accumulaient… On a perdu pied. On n’a jamais voulu faire de mal à Evelyn. Laisse-nous juste un mois. Un mois pour trouver un appartement, pour organiser le déménagement proprement… »

« Pas un mois. Pas une semaine. Pas un jour. »

La sonnette retentit. Trois coups nets, précis, réglementaires.

Nolan sursauta comme si un coup de feu venait de retentir. Je me dirigeai vers l’entrée, ouvris la porte et invitai les visiteurs à entrer.

Deux officiers de police municipale en uniforme s’avancèrent dans le vestibule, suivis d’un homme d’une cinquantaine d’années en costume sombre, tenant une mallette en cuir à la main. Il s’agissait de Maître Robert Vance — aucun lien de parenté, mais le meilleur avocat spécialisé en droit immobilier et successoral de la ville, que j’avais contacté dès cinq heures du matin grâce au réseau d’anciens de mon école.

« Mademoiselle Iris Vance ? » demanda l’un des agents, vérifiant un badge sur son carnet.

« C’est moi, officier. Voici les titres originaux de propriété attestant de ma pleine et entière possession des lieux. Et voici mon conseil juridique, Maître Vance. »