« Qu’est-ce que tu dessines aujourd’hui, ma puce ? »
Elle leva les yeux vers moi, un sourire éclatant et paisible éclairant son petit visage. Elle écarta ses bras pour me montrer son œuvre terminée.
Il n’y avait plus de voitures roulant vers des hangars isolés, plus de routes tortueuses menant au bord de l’eau, plus de caches secrètes tracées dans l’angoisse de la veille.
C’était une grande maison jaune aux volets bleus, avec de la fumée s’échappant d’une cheminée biscornue. Devant la porte, trois silhouettes se tenaient la main sous un immense soleil étalé sur tout le haut de la page. Une maman, une petite fille, et un petit garçon aux baskets rouges.
Tout autour de la maison, elle avait utilisé son crayon violet pour tracer un grand cercle épais, parfait et ininterrompu.
« C’est une barrière ? » demandai-je en souriant.
« Non », répondit Vera en reprenant une gorgée de son chocolat chaud. « C’est un bouclier magique. Rien de mauvais ne peut passer au travers. »
Je la serrai contre moi, le cœur enfin apaisé, sentant contre mon épaule le battement régulier et confiant de sa petite vie. La balançoire du parc Riverside pouvait bien continuer de tourner dans le vent d’hiver ; plus personne, jamais, ne viendrait nous arracher le droit de respirer en paix.