Le crépuscule tombait sur Sainte-Hélène lorsque la berline militaire me déposa devant les grilles du manoir familial.
L’agitation médiatique s’était apaisée. Les chaînes d’information en continu ne parlaient que de la chute spectaculaire de Linda Vance et de la révélation du service secret de l’héritier légitime. Mais ici, dans l’allée bordée de vieux chênes centenaires, régnait un calme presque sacré.
Je marchai lentement sur le gravier, là même où, la veille encore, j’avais mordu la poussière sous les quolibets de mon demi-frère. Le vent frais du soir balayait les feuilles mortes. J’avais retiré ma veste d’apparat, ne gardant que ma chemise blanche aux manches retroussées, l’insigne de Cerbère rangé en sécurité dans ma poche de poitrine, contre mon cœur.
Le général Hayes m’avait proposé, avant de repartir pour Washington, de réintégrer l’état-major avec une promotion au grade de colonel. J’avais refusé poliment. Ma guerre sur les théâtres d’opérations extérieurs était terminée depuis longtemps, et celle que je venais de mener sur le sol natal venait de trouver son issue.
Il restait une entreprise à assainir, un père à soigner, et une vie brisée à reconstruire brique par brique. Mais pour la première fois depuis que j’avais brisé le sceau de cette enveloppe sur mon lit d’hôpital, le nœud qui me broyait l’estomac avait totalement disparu.
Je montai les marches du perron de pierre, poussai la lourde porte d’entrée qui n’était plus gardée par des mercenaires, et entrai dans la lumière chaude du vestibule.
Je n’étais plus un fantôme sans nom. J’étais Thomas Vance, et j’étais enfin rentré chez moi.