Elle tomba à genoux sur le parquet ciré, juste devant le fauteuil en carbone de son ancien fiancé. Les plis de sa robe émeraude s’étalèrent autour d’elle comme une marée de larmes déchues. Des larmes réelles, nées de la terreur pure, coulèrent sur ses joues, ruinant son maquillage parfait.
« Ethan… mon Dieu, Ethan, écoute-moi ! » implora-t-elle, joignant les mains dans une supplication pathétique devant les regards horrifiés de la haute société parisienne. « Je ne savais rien ! Je te jure devant Dieu que j’ignorais tout de ce qu’il t’avait fait ! Si j’avais su… si j’avais seulement soupçonné qu’il était responsable de ton accident, je ne l’aurais jamais approché ! »
Ethan la regarda d’en haut. Son visage demeurait impénétrable, une statue d’albâtre taillée pour le jugement dernier.
« Ethan, pardonne-moi », sanglota-t-elle, tentant d’attraper la main gantée de cuir noir d’Ethan, mais un garde du corps s’interposa doucement pour l’en empêcher. « J’ai eu peur, Ethan ! J’étais jeune, perdue, vulnérable… Mes parents me poussaient, tout le monde me disait que c’était fini pour toi ! Mais je n’ai jamais cessé de t’aimer. Pas un seul jour ! Chad m’a manipulée, il m’a fait du chantage, il a profité de ma détresse ! »
Elle releva un visage trempé de larmes, cherchant désespérément une étincelle de l’ancien amour d’Ethan dans les profondeurs de ses yeux froids.
« Regarde-moi, Ethan. C’est moi, ta Brooke. Donne-moi une seconde chance. Je t’en supplie. Je prendrai soin de toi, je serai à tes côtés pour toujours. Je n’ai besoin de rien d’autre que de toi. Pardonne-moi… Recommençons à zéro. »
Un silence épais, suffocant, pesait sur le salon. Même Chad, détruit et anéanti, fixait sa fiancée avec un dégoût stupéfait, découvrant la noirceur insondable de l’opportunisme de Brooke.
Ethan resta silencieux pendant ce qui parut une éternité. Puis, lentement, avec une économie de mouvements glaçante, il porta la main à la poche intérieure de sa veste de smoking.
Il en sortit un petit écrin en velours bleu nuit, élimé sur les bords par le temps et la douleur.
Brooke écarquilla les yeux, une lueur d’espoir insensée et triomphante s’allumant dans ses pupilles embrumées. Il avait gardé la bague ! Il avait conservé le saphir de sa mère toutes ces années ! Elle se dit qu’elle avait réussi, que le cœur des hommes brisés est toujours une forteresse vulnérable à la nostalgie du premier amour. Elle tendit les mains, prête à accueillir le gage de sa rédemption financière.
Ethan ouvrit le boîtier. Le saphir d’un bleu profond scintilla sous les feux des lustres.
« Tu te souviens de ce que tu m’as dit ce jour-là à l’hôpital, Brooke ? » demanda-t-il tout bas.
Brooke déglutit avec peine, tremblante. « J’ai… j’ai dit des bêtises sous le choc, Ethan, je ne pensais pas… »
« Tu m’as dit », poursuivit Ethan sans élever la voix, « que tu refusais d’être l’infirmière d’un fantôme en fauteuil roulant. Tu m’as dit que tu refusais d’être entraînée dans la ruine d’un homme qui ne pouvait plus se tenir debout. »
Ethan referma le boîtier d’un coup sec, produisant un claquement métallique qui retentit comme un coup de feu dans la salle silencieuse.
« Tu as toujours eu raison sur un point, Brooke : tu n’as pas l’étoffe d’une infirmière. Et moi, je n’ai pas l’âme d’un fantôme. »
Il se tourna vers Alexandre Moreau. « Maître, veuillez remettre à Mademoiselle Whitmore le document numéro quatre. »
L’avocat s’avança et tendit à Brooke un document d’huissier de justice d’une dizaine de pages.
« Qu’est-ce que… qu’est-ce que c’est ? » balbutia-t-elle, les mains tremblantes, refusant d’abord de le saisir avant que l’avocat ne le laisse tomber sur ses genoux.
« Au cours de ces deux dernières années », expliqua Ethan avec une clarté impitoyable, « ton père, Arthur Whitmore, a contracté des dettes massives auprès de plusieurs institutions financières pour maintenir à flot sa chaîne d’hôtels de luxe au bord de la faillite. Pour garantir ces prêts, il a apporté en caution l’ensemble des biens familiaux : votre domaine familial en Sologne, votre hôtel particulier du seizième arrondissement et toutes vos parts sociales. »
Ethan s’arrêta un instant, laissant le venin de la vérité s’insinuer dans chaque fibre du corps de la jeune femme.
« Ces créances toxiques, Brooke… c’est moi qui les ai rachetées il y a trois mois sous le nom de Valoria. À partir de ce soir minuit, le délai de grâce expire. La saisie immobilière et mobilière est exécutoire. Demain à huit heures, des huissiers de justice changeront les serrures de la maison de tes parents. Vous êtes expulsés. Tous vos comptes personnels, alimentés par les largesses frauduleuses de Chad Sterling, sont bloqués sous séquestre judiciaire pour complicité de recel d’actifs détournés. »
Brooke poussa un cri d’agonie étouffé, lâchant le papier comme s’il était imprégné de feu grégeois. « Non… Non ! Ethan, pitié ! Mes parents n’y sont pour rien ! Je n’ai rien fait d’illégal ! Tu ne peux pas me jeter à la rue ! »
« Tu as choisi la richesse bâtie sur le sang et la trahison », répliqua Ethan, son regard d’acier plongeant dans les yeux révulsés de la femme à ses pieds. « Tu vas maintenant découvrir ce que signifie n’avoir plus rien d’autre que ta propre vanité pour te nourrir. Tu as abandonné un homme parce qu’il avait perdu ses jambes ; tu découvriras bientôt ce que c’est que de perdre la terre sous tes pas. »
Ethan appuya sur le commutateur de son fauteuil et recula d’un mètre, rompant tout contact avec elle.
C’est alors que le capitaine de la brigade financière s’avança vers Chad Sterling, sortant une paire de menottes en acier qui étincelèrent sinistrement sous la lumière des lustres.
« Monsieur Chad Sterling, au nom de la loi, je vous arrête pour tentative d’assassinat, escroquerie en bande organisée, faux et usage de faux, et blanchiment de capitaux. Vous avez le droit de garder le silence. »