« Encore six mois, Julian. Six misérables mois et le cap de la première année sera passé. Le contrat de mariage prévoit alors la fiducie irrévocable de cinquante millions. Adrian est aveugle. Il passe trois semaines par mois à Tokyo ou New York. Les deux morveux sont terrorisés, ils n’osent même plus me regarder en face. Dès que l’argent est sécurisé sur les comptes aux Caïmans, je demande le divorce pour cruauté mentale et abandon de famille. Les tribunaux me donneront la garde partagée ou une pension monstrueuse pour les élever. J’aurai le contrôle absolu sur son argent et sur sa progéniture. Il n’y voit que du feu. »

Adrian ne cilla pas. Sa respiration resta lente, rythmée, presque hypnotique.

« As-tu extrait les données bancaires et les communications avec ce Julian ? » demanda-t-il froidement.

« Tout est là, répondit Marcus. Julian Mercer, avocat au barreau de Raleigh. Ils ont planifié l’opération avant même que vous ne la rencontriez lors de cette vente aux enchères caritative l’an dernier. C’était une escroquerie calculée dès le départ. Mercer a rédigé des brouillons de plaintes pour violences conjugales montées de toutes pièces, prêtes à être déposées si vous tentiez de vous séparer d’elle sans payer. »

Adrian esquissa un sourire terrifiant, le sourire de l’homme qui vient de verrouiller la cage sur sa proie sans qu’elle s’en aperçoive.

« Garde deux copies physiques sur disques durs sécurisés. Envoie les fichiers cryptés directement sur le serveur d’Arthur Sterling. Et dis à tes hommes de se poster à l’étage, devant la porte de la chambre d’amis. Personne n’entre, personne ne sort. »

À cinq heures quarante-cinq, le soleil commença à percer timidement à l’horizon, baignant la brume matinale d’une teinte cuivrée et métallique. La lumière se glissa à travers les immenses vitrages de Hawthorne Ridge.

Une berline noire aux vitres teintées passa le portail principal, suivie de près par deux véhicules de police d’État banalisés. Arthur Sterling descendit le premier, tenant une serviette en cuir épais sous le bras. Un homme d’une cinquantaine d’années en costume sombre l’accompagnait : le juge fédéral Thomas Bennett, un vieil ami de la famille Whitmore et un juriste à l’intégrité intransigeante.

Adrian les accueillit sur le perron. Les poignées de main furent brèves, lourdes de sens.

« Tout est signé, Adrian, dit Sterling en tendant une liasse de documents paraphés à l’encre rouge et bleue. Le juge Bennett a visé les ordonnances d’urgence après avoir visionné les extraits dans ma voiture. Mercer fait déjà l’objet d’un mandat de perquisition pour tentative d’extorsion en bande organisée. Le procureur a ouvert le dossier il y a une demi-heure. »

Le juge Bennett posa une main ferme sur l’épaule d’Adrian. « Ce que j’ai vu sur ces enregistrements est ignoble, Adrian. En tant que père et en tant que magistrat, je puis t’assurer que cette femme ne touchera pas un centime de ton patrimoine, et qu’elle passera un long moment devant un jury d’assises pour cruauté envers mineurs sous autorité. »

« Merci, Thomas, répondit Adrian avec gravité. Allons clore ce chapitre. »

Ils montèrent les grands escaliers de marbre. Adrian marchait en tête, son pas mesuré résonnant dans le silence majestueux de la demeure. Deux agents d’élite de Marcus se tenaient de chaque côté de la porte de l’aile ouest.

Adrian fit un signe. L’un des gardes inséra la clé magnétique et déverrouilla le battant.

À l’intérieur, Lillian était debout près de la fenêtre, habillée d’un tailleur en crêpe immaculé, ses bijoux aux poignets, un sac de voyage de marque posé sur le lit. Elle avait visiblement passé la nuit à préparer sa parade. Dès qu’elle vit la porte s’ouvrir, son visage se composa une expression de dignité outragée.

« Adrian, cette comédie a assez duré ! lança-t-elle avec aplomb en s’avançant vers lui. M’enfermer ici avec des gorilles armés ? Tu as perdu l’esprit ! J’exige que tu renvoies ces hommes immédiatement. Nous allons régler nos différends entre adultes, sinon mon conseil… »

Elle s’interrompit brusquement en voyant apparaître derrière Adrian l’imposante silhouette d’Arthur Sterling, suivi du juge Bennett et d’un officier de police judiciaire en uniforme.

L’arrogance de Lillian vacilla un court instant, laissant filtrer une onde de panique qu’elle s’empressa de masquer.

« Que font ces gens ici ? » demanda-t-elle, la voix plus aiguë.

Adrian entra dans la pièce et s’arrêta au centre, les mains dans les poches de son pantalon. Son regard était d’une neutralité désarmante, exempt de toute colère apparente, ce qui rendait sa présence infiniment plus menaçante.

« Lillian, dit-il calmement. Je te présente le juge Bennett, ainsi que le capitaine Evans de la police d’État. Ils sont venus assister à ton départ. »

« Mon départ ? ricana-t-elle avec une audace désespérée. Tu ne peux pas me chasser ainsi ! Nous sommes mariés sous le régime de la séparation avec clause d’indemnisation ! Si tu veux que je parte, il te faudra passer par les tribunaux, et cela te coûtera cinquante millions de dollars, sans parler du scandale public lorsque je raconterai à la presse comment tu délaisses tes enfants et me traites comme une captive ! »

Arthur Sterling fit un pas en avant et ouvrit son dossier. Il posa sur la table de chevet une série de photographies en haute définition extraites des vidéos de sécurité, montrant Lillian le torchon à la main devant Miles en pleurs, ainsi que les relevés de comptes et la transcription intégrale de ses conversations avec Julian Mercer.

« Lillian Cross, déclara l’avocat d’une voix sèche et sans appel. En vertu de la section 14-B de votre contrat de mariage, pour actes de maltraitance physique et psychologique répétés sur mineurs, tentative d’extorsion préméditée et association de malfaiteurs avec un tiers identifié en la personne de Me Julian Mercer — actuellement en garde à vue au commissariat central de Raleigh —, tous vos droits matrimoniaux sont révoqués avec effet immédiat. »