Dehors, l’air frais et piquant de la nuit de novembre caressa mes joues enfiévrées. Les gyrophares des véhicules de secours projetaient des éclats bleutés et rouges sur la magnifique façade victorienne de la bâtisse. Les rideaux des demeures voisines commençaient déjà à s’écarter discrètement le long de l’allée, révélant les visages curieux de cette haute société qu’Eleanor avait tant cherché à impressionner toute sa vie. La disgrâce des Sterling était consommée, publique et irrémédiable.

Je montai à l’arrière de l’ambulance. L’infirmière découpa délicatement le tissu pour appliquer un gel apaisant sur ma brûlure. Le froid bienfaisant pénétra mes chairs. Sous mon autre main, blottie contre mon flanc, mon bébé donna un coup vigoureux, le premier mouvement franc et net depuis que j’étais tombée sur cette maudite table.

Un sourire faible mais sincère étira mes lèvres à travers les larmes qui commençaient enfin à couler. C’étaient des larmes de soulagement, de libération.

Cette maison m’appartenait, mais je savais déjà que je ne voudrais plus jamais y habiter. Je la ferais vendre au profit d’œuvres caritatives, jusqu’à la dernière pierre. Je n’avais besoin de rien qui vînt de leur monde de faux-semblants et de cruauté. J’avais mon enfant, j’avais la vérité, et pour la première fois de ma vie d’adulte, j’étais enfin libre.