« Vous mentez… » souffla Arthur, les yeux injectés d’une terreur pure. « C’est impossible. »

« Les agents de l’Office central de lutte contre la corruption arrivent par la route du cap, » continua Julian avec une indifférence glacée. « Ils seront là dans environ six minutes. La gendarmerie maritime bloque déjà la façade littorale au cas où quelqu’un aurait l’idée stupide de sauter dans la crique. Personne ne quitte cette terrasse sans avoir décliné son identité, justifié sa présence et remis son téléphone pour vérification des correspondances de la soirée. »

La panique gagna la terrasse. Des femmes se mirent à sangloter, des hommes d’affaires d’ordinaire si sûrs d’eux tentèrent de négocier avec Julian, s’approchant avec des cartes de visite, promettant des interventions de ministres, de préfets, d’avocats parisiens de renom.

Mais Julian ne cillait pas. Il resta planté au centre du dallage, son sac à dos ouvert à ses pieds, extrayant méthodiquement des rubans de scellés plastifiés rouges et blancs et un tampon officiel encré de noir.

« Vous me disiez tout à l’heure que je n’étais pas à ma place, monsieur de Boissière, » dit Julian en fixant le jeune homme effondré. « Vous aviez raison sur un point : je n’appartiens pas à votre monde. Dans le mien, on ne juge pas les gens sur la marque de leur veste ou sur leur façon de tenir une coupe de champagne. Dans le mien, ce sont les actes qui définissent un homme. Et ce soir, vos actes, vos petits jeux de cour et votre complicité silencieuse avec un criminel financier viennent de trouver leur juste prix. »

Un grondement lointain de sirènes commença à monter depuis les lacets de la route côtière. Les gyrophares bleus, encore invisibles derrière les pins, projetaient des éclats saccadés contre la falaise blanche, montant inexorablement vers la Villa Mirasol. Sur la mer, un puissant projecteur de vedette côtière balaya soudain la façade de la maison, figeant les invités dans une lumière crue qui ne laissait aucune place à l’illusion.

Arthur, adossé à un muret de pierre, regardait le sol avec égarement, son verre brisé à ses pieds, sa veste en soie désormais chiffonnée et inutile. Plus personne ne le regardait. Plus personne ne lui souriait.

Julian, lui, referma tranquillement son sac, ajusta les sangles sur ses épaules et s’avança vers le grand portail dont les vérins commencèrent à se déverrouiller pour laisser entrer les premiers véhicules d’intervention. Il marchait du même pas calme, mesuré et lourd qu’à son arrivée. La poussière de ses chaussures marquait le travertin immaculé de la villa, une trace indélébile et brute au milieu d’un décor de faux-semblants qui venait définitivement de s’effondrer.