Quant à moi, mon cabinet remporta l’appel d’offres pour le réaménagement de la nouvelle bibliothèque municipale du front de lac, le projet le plus prestigieux de ma carrière.
La maison de North Shore n’avait jamais été aussi lumineuse. J’avais fait repeindre les murs du salon dans des tons clairs et chaleureux, remplacé les rideaux lourds par des voilages immaculés qui laissaient danser le vent du lac, et installé un immense piano à queue noir près de la baie vitrée.
Parfois, le soir venu, assise devant cette table en chêne que j’avais chérie et payée de mes propres mains, je repense à cette phrase qui se voulait une sentence de mort pour mon émancipation : « Démissionne ou trouve-toi un autre mari. »
Ils voulaient que je choisisse entre mon identité et ma dignité. Ils avaient simplement oublié qu’une femme qui a bâti son propre empire ne craint jamais de reconstruire sa vie sur les décombres de ceux qui ont tenté de l’enfermer.