Photographie et vidéo : 8 000 dollars.
Décoration : 12 000 dollars.
Voyage de noces : 15 000 dollars.
Divers : 9 500 dollars.
En bas du document, une note indiquait :
« Contribution de Danielle : 65 000 dollars. »
Je sentis une colère froide monter en moi.
— Lauren, as-tu déjà versé de l’argent ?
— Oui. J’ai payé un acompte pour la salle.
— Combien ?
— Huit mille dollars.
Je fermai les yeux.
— Et Kevin ?
— Il m’a dit qu’il avait économisé une partie de l’argent.
Je n’eus pas besoin de poser une autre question.
Je connaissais mon frère.
Je connaissais son rapport à l’argent.
Et je savais qu’il était capable de présenter une promesse comme une réalité dès lors qu’elle lui permettait d’obtenir ce qu’il voulait.
Je demandai à Lauren de ne rien signer d’autre et de conserver tous les documents.
Elle commença à pleurer.
— Dani, je ne voulais pas créer de problème dans votre famille.
— Tu n’as rien fait de mal.
— Kevin m’a dit que tu étais extrêmement riche et que tu avais simplement décidé de nous faire attendre pour nous donner une leçon.
Je laissai échapper un rire amer.
— Lauren, je suis lieutenant-colonel dans l’armée. Je travaille pour gagner ma vie. Je ne suis pas un fonds d’investissement familial.
Elle resta silencieuse.
Puis elle prononça une phrase qui me glaça.
— Il m’a aussi dit que ton père avait déjà réglé les questions concernant la maison.
Je me redressai.
— Quelles questions ?
— Il a parlé d’un accord. Il disait que tu allais transférer certains droits à Kevin après le mariage.
Je regardai Melissa, qui venait d’entrer dans la chambre.
Je mis le téléphone sur haut-parleur.
— Lauren, peux-tu répéter exactement ce qu’il a dit ?
Elle expliqua que Kevin lui avait présenté un projet selon lequel mes parents vendraient une partie de leurs droits sur la maison familiale pour financer un nouveau projet immobilier.
Kevin devait utiliser une partie de cet argent pour développer une activité commerciale.
Le reste servirait à acheter une propriété plus grande pour le jeune couple.
Mon nom apparaissait comme celui de la personne chargée de garantir le financement.
Tout était déjà organisé dans son esprit.
Le mariage, la maison, les prêts, les transferts.
Il ne manquait qu’une chose.
Mon consentement.
Et comme je venais de le comprendre, ma famille avait probablement décidé qu’elle n’avait pas besoin de me le demander.
PARTIE 4 — LE RETOUR À LA MAISON
Le lendemain, je décidai de retourner chez mes parents.
Pas pour me réconcilier.
Pas pour demander des explications.
Je voulais entendre leurs versions et voir leurs réactions face aux documents que j’avais découverts.
Maître Hayes m’avait conseillé de ne rien signer et de ne pas accepter de nouveaux engagements.
Je respectai son conseil.
J’arrivai à dix-huit heures.
Le camion blanc était toujours dans l’allée.
Je l’avais récupéré après avoir vérifié que je pouvais légalement le conduire et que les documents d’assurance étaient en règle.
Kevin se trouvait sur le perron.
Il portait un pantalon de survêtement et un tee-shirt de marque.
Dès qu’il me vit, il descendit les marches.
— Tu as enfin décidé de revenir ?
Je ne répondis pas.
Il regarda le camion.
— Tu comptes vraiment me laisser sans véhicule ?
— Je t’ai laissé un véhicule pendant quatorze mois. Tu n’as jamais payé une seule mensualité.
— J’avais des problèmes !
— Moi aussi.
Il éclata de rire.
— Toi ? Quels problèmes ? Tu as un uniforme, un salaire et une retraite garantie !
Je le regardai.
— Tu crois que ma vie est facile parce que je porte un uniforme ?
Il haussa les épaules.
— Tu as choisi cette vie.
Je sentis une vieille douleur remonter.
J’avais choisi de servir mon pays.
J’avais choisi de travailler dur.
Mais je n’avais jamais choisi de devenir responsable de tous les adultes de ma famille.
Mon père apparut dans l’encadrement de la porte.
— Entrez. Nous allons régler cette histoire.
Je traversai le salon.
Tout était à sa place.
Les mêmes rideaux.
La même horloge.
Les mêmes photographies sur la cheminée.
Sur l’une d’elles, nous étions tous les quatre devant la maison, le jour où j’avais reçu ma première promotion importante.
Mon père avait un bras autour de mes épaules.
Il souriait.
Je me demandai combien de temps cette affection avait été sincère.
Ma mère arriva avec un plateau de café.
— Dani, ma chérie…
Je levai doucement la main.
— Avant de parler, j’aimerais poser quelques questions.
Mon père soupira.
— Encore tes interrogatoires ?
— Qui a préparé le document de prêt de deux cent quatre-vingt mille dollars à mon nom ?
Le silence tomba.
Kevin détourna le regard.
Ma mère posa brusquement le plateau.
Mon père répondit :
— Nous n’avons jamais voulu te faire de mal.
— Ce n’est pas une réponse.
— C’était pour aider ton frère.
Je le fixai.
— Avec mon identité ?
Il passa une main sur son visage.
— Tu gagnes suffisamment d’argent pour nous aider.
Je sentis ma gorge se serrer.
— Papa, tu viens de reconnaître que vous avez utilisé mon nom pour obtenir un prêt ?
Il se redressa.
— Ne déforme pas mes paroles.
— Alors explique-moi.
Il se leva et marcha jusqu’à la fenêtre.
— Kevin traversait une période difficile. Il avait besoin d’une chance. Il voulait monter une entreprise. Nous avons pensé que tu pourrais nous aider à obtenir un financement.
— En falsifiant ma signature ?
Il se retourna.
— Ce n’est pas comme ça que ça s’est passé.
Kevin intervint.
— Tu fais toujours toute une histoire pour rien !
Je le regardai.
— Alors dis-moi qui a signé.
Il resta silencieux.
Je sortis une copie du document et la posai sur la table basse.
— J’ai déjà demandé une vérification juridique. La banque va être contactée. Les documents seront examinés.
Ma mère se mit à pleurer.