— Alors comporte-toi comme quelqu’un qui souhaite lui offrir une vie tranquille.
À partir de ce jour, Elena comprit que la confrontation était inévitable.
Elle transmit les copies de ses découvertes à son avocat, puis conserva une chemise contenant les pièces essentielles.
La soirée de gala serait l’occasion de mettre Marcus devant des faits qu’il ne pourrait plus repousser au lendemain.
Elle ne cherchait ni à humilier Rosa ni à provoquer un scandale.
Elle voulait empêcher la signature définitive de l’accord.
Mais Rosa l’avait interceptée sur le grand escalier.
Et quelques secondes avaient suffi pour transformer leur affrontement en catastrophe.
À l’hôpital, tandis que Marcus attendait devant une porte blanche, son téléphone vibra.
Un message de sa mère.
J’espère qu’Elena et le bébé vont bien. Je suis bouleversée par cet accident.
Puis un second.
Il faut absolument empêcher la presse de s’emparer de cette histoire.
Marcus regarda longuement l’écran.
Sa mère n’avait toujours pas demandé dans quel hôpital se trouvait Elena.
Elle demandait seulement qu’on protège sa réputation.
Il éteignit son téléphone.
Derrière la porte, un médecin venait de prononcer le prénom de sa femme.
Marcus se leva d’un bond.
PARTIE 3 — Le battement de cœur
— Monsieur Vance ?
La médecin s’approcha, un dossier à la main.
— Votre femme est consciente. Nous avons examiné ses blessures et commencé une surveillance obstétricale approfondie.
Marcus avait l’impression de ne plus respirer.
— Et notre bébé ?
La médecin choisit soigneusement ses mots.
— Son activité cardiaque est présente et rassurante pour le moment. Nous ne voyons pas de signe immédiat de complication majeure, mais une chute pendant la grossesse peut entraîner des problèmes retardés. Nous allons garder Elena sous observation.
Marcus porta une main à son visage.
Il ne sourit pas.
Il n’aurait pas su comment.
— Est-ce que je peux la voir ?
— Oui. Mais elle est très éprouvée.
Elena était allongée dans une chambre calme, reliée à plusieurs appareils de surveillance.
Sa joue portait une petite égratignure. Un pansement recouvrait son coude. De larges contusions commençaient à apparaître sur son épaule.
Elle tourna la tête lorsque Marcus entra.
— Ils m’ont dit que son cœur battait.
Il s’assit près d’elle.
— Oui.
— J’ai cru que je l’avais perdu.
Sa voix se brisa.
Marcus prit doucement sa main.
— Tu n’as rien fait de mal.
Elena ferma les yeux.
Pendant quelques secondes, il pensa qu’elle allait s’endormir.
Puis elle murmura :
— Tu m’aurais crue, si elle ne m’avait pas poussée ?
La question le frappa de plein fouet.
Il ouvrit la bouche.
Aucun mot ne sortit.
Elena le regardait.
— Je t’ai parlé des documents. Je t’ai dit qu’elle me menaçait. Et tu m’as demandé d’attendre.
Marcus baissa les yeux.
— Je sais.
— Tu m’as dit qu’elle pouvait être autoritaire, mais qu’elle ne ferait jamais rien pour nous détruire.
Il serra la main de sa femme.
— J’avais tort.
Elena détourna le regard.
— Je ne veux pas que tu me croies uniquement parce que je suis tombée dans tes bras.
La phrase resta suspendue entre eux.
Marcus comprit qu’il ne suffisait pas d’avoir couru assez vite au bas d’un escalier.
Pendant des semaines, Elena avait eu besoin qu’il l’écoute avant qu’un danger ne devienne visible.
Et il avait préféré croire que les choses pouvaient attendre.
— Tu as raison, répondit-il finalement. Je ne peux pas effacer ça. Mais je vais t’écouter maintenant. Et je ne te demanderai pas de te réconcilier avec elle pour me faciliter la vie.
Elena essuya une larme.
— Je veux seulement qu’elle ne puisse plus nous faire de mal.
— Alors nous allons prendre les mesures nécessaires.
Elle observa son visage.
— Marcus, il y a quelque chose que tu dois comprendre.
Il se pencha légèrement.
— Dis-moi.
— Les papiers que je portais… ce n’étaient pas les seuls exemplaires.
— Je m’en doutais.
— Mon avocat possède les copies. Même si Rosa détruit tout ce qui est tombé sur l’escalier, la vérité restera.
Marcus sentit sa poitrine se serrer.
Elle avait donc anticipé une tentative de faire disparaître les documents.
Mais pas une agression.
— Il y a aussi une autre entreprise, reprit-elle. Hawthorn Advisory. Les paiements effectués par la fondation ne correspondent à aucune prestation clairement justifiée.
— Qui dirige cette entreprise ?
— Officiellement, plusieurs intermédiaires. Mon avocat est en train de vérifier les liens avec Rosa.
Marcus resta silencieux.
Son père avait consacré une partie considérable de sa fortune à l’Opéra Aster.
Et maintenant, il découvrait que sa mère avait peut-être utilisé cet héritage pour des opérations qu’elle n’avait jamais osé lui montrer.
Vers minuit, Nathan Brooks appela Marcus.
— Nous avons sécurisé les documents.
— Et les images de surveillance ?
— L’une des caméras du palier supérieur était hors service depuis plusieurs jours. Mais les images du foyer ont été conservées.
Marcus sentit sa colère revenir.
— Je veux que rien ne soit effacé.
— C’est prévu. Les enquêteurs pourront les consulter. Et il y a autre chose.
— Quoi ?
— June Alvarez veut vous parler.
June était la régisseuse des lumières de l’opéra. Depuis vingt-deux ans, elle connaissait chaque couloir, chaque passerelle et chaque interrupteur du vieux théâtre.
Elle se trouvait sur la mezzanine lorsqu’Elena était tombée.
Nathan lui passa le téléphone.
— Monsieur Vance ?
— Je vous écoute.
La voix de June tremblait.
— Je ne veux pas perdre mon travail. Mais je ne peux pas laisser dire qu’elle a glissé.
Marcus se raidit.
— Qu’avez-vous vu ?
— Votre mère s’est avancée derrière Elena. Elle a posé ses deux mains sur ses épaules.
June s’interrompit.
— Et elle l’a poussée. Je l’ai vu.
Marcus ferma les yeux.
C’était une chose de soupçonner l’impensable.
C’en était une autre d’entendre quelqu’un le confirmer.
— Êtes-vous prête à raconter cela aux enquêteurs ?
— Oui.
Un souffle.
— Je suis désolée de ne pas avoir parlé plus tôt. Tout le monde semblait tellement effrayé.
— Vous êtes en train de le faire. Merci.