« Allez, Evelyn, criaient les invités autour de la table. La chanson traditionnelle ! C’est toi qui lances le refrain ! »
Ma mère éclata de rire, se leva de sa chaise avec une grâce juvénile et s’avança au milieu de la pelouse. Elle n’avait plus besoin de diadème ni de coiffure travaillée pendant des mois pour ressembler à une reine. Sa dignité, son courage et l’amour inconditionnel qui unissait notre famille constituaient la plus inaltérable des couronnes.
Je m’assis sur les marches du perron, ma coupe à la main, observant ma mère chanter au milieu de ceux qui l’aimaient sincèrement.
Le vent frais souffla doucement sur mon visage. Je repensai une dernière fois à la bague de fiançailles que j’avais rendue ce matin-là, aux promesses brisées, aux faux sourires de ceux qui croupissaient désormais derrière les barreaux d’une cellule froide. Je ne ressentais ni haine, ni amertume, ni regret.
Seule subsistait une certitude absolue, gravée au plus profond de mon âme : aucune blessure, aucune coupe maladroite ou haineuse ne pourra jamais détruire la beauté d’une femme qui refuse de se laisser soumettre.