Diane se leva, les yeux exorbités, tremblante de fureur et d’humiliation :
« Monstre ! Espèce de vipère sans cœur ! Nous t’avons accueillie, nous t’avons donné un nom, et voilà comment tu nous remercies ? Tu nous jettes à la rue au milieu de la nuit du Nouvel An ? »
« Vous avez dix minutes, Diane », répliquai-je en m’asseyant sur une chaise que m’avançait l’ambulancière pour me poser un pansement stérile. « Ne perdez pas de temps à hurler. »
C’est à cet instant précis que Brooke se leva de son tabouret. La jeune fille tremblait de tout son corps. Diane lui attrapa violemment le bras :
« Viens, Brooke ! Laisse cette folle pourrir dans son orgueil ! On appelle l’avocat de ton père dès qu’on est en bas ! »
Mais Brooke dégagea brutalement son bras de l’étreinte de sa mère. Elle contourna la table brisée et marcha d’un pas hésitant vers le sergent Miller.
« Brooke, qu’est-ce que tu fais ? Reste avec moi ! » cria Diane.
La jeune fille sortit son téléphone portable et déverrouilla l’écran.
« Monsieur l’agent… J’étais en train de faire un direct TikTok pour montrer notre fête de réveillon chic… J’ai tout filmé. Du moment où Grant a demandé la signature jusqu’au moment où Ryan l’a attrapée et où mon beau-père a écrasé sa cigarette sur elle. »
Ryan poussa un hurlement de bête traquée :
« Brooke, ferme ta gueule ! Petite traîtresse, efface ça tout de suite ! »
« Fermez-la ! » aboya le policier en poussant Ryan vers l’ascenseur.
Brooke regarda son frère d’un air déchiré, puis tourna les yeux vers moi. Des larmes coulaient sur ses joues poudrées :
« Je ne voulais pas que ça aille si loin, Claire. Il l’a fait exprès. Il a dit avant que tu n’arrives qu’il fallait te mater une bonne fois pour toutes pour que la famille prenne le contrôle de la société. J’ai eu peur… mais je ne peux pas les laisser te détruire. Pas avec le bébé. »
Elle remit son téléphone au sergent Miller.
« La vidéo est enregistrée sur le cloud. Je peux vous l’envoyer par AirDrop tout de suite. »
Le piège venait de se refermer. Implacable. Indiscutable.
Chapitre 4 – L’assaut juridique
Les quarante-huit heures qui suivirent furent une course contre la montre menée avec une précision militaire.
Transportée à l’hôpital Mount Sinai, j’y passai la nuit sous observation continue. L’échographie obstétricale confirma que le placenta n’avait subi aucun décollement et que le rythme cardiaque fœtal était stable. Mon fils était un guerrier ; il s’accrochait à la vie malgré l’enfer déclenché autour de lui. La brûlure fut nettoyée et pansée sous anesthésie locale. Chaque cicatrice, chaque contusion sur mes poignets fut photographiée et archivée par un médecin légiste mandaté par le bureau du procureur de Manhattan.
Dès le lendemain matin, assise dans ma chambre d’hôpital, j’activai mon réseau. Victoria Thorne, l’une des avocates les plus redoutées de New York en matière de droit de la famille et de contentieux pénal, pénétra dans ma chambre vêtue d’un tailleur pantalon impeccable, sa mallette en cuir sous le bras.
« Claire », dit-elle en me serrant brièvement la main. « J’ai vu la vidéo transmise par la police. C’est du pain bénit pour l’accusation. Dans vingt ans de carrière, j’ai rarement vu des agresseurs s’auto-incriminer avec une telle perfection visuelle et sonore. »
« Je ne veux pas seulement une condamnation pénale, Victoria », dis-je, la voix rauque mais glaciale. « Je veux qu’ils soient rayés de mon existence. Je veux que chaque dollar qu’ils m’ont volé leur soit arraché jusqu’au dernier centime. Et je veux une déchéance totale de l’autorité parentale pour Ryan avant même que mon enfant ne vienne au monde. »
Victoria eut un sourire carnassier.
« C’est exactement pour cela que vous m’avez engagée. Voici notre plan d’attaque. »
Sur la table de nuit, elle étala plusieurs dossiers épais :
L’ordonnance de protection d’urgence : Un juge d’instruction avait déjà signé une mesure d’éloignement absolu interdisant à Ryan, Grant et Diane d’approcher à moins de cinq cents mètres de ma personne, de mon penthouse et de mon lieu de travail, avec interdiction formelle de tout contact électronique ou par personne interposée.
Le verrouillage immobilier : À midi pile, les serrures du penthouse avaient été changées par des cylindres haute sécurité à reconnaissance biométrique. Tous les codes d’accès de l’ascenseur privé avaient été révoqués. Les affaires personnelles de Ryan — ses costumes de marque, ses montres achetées avec mon argent, ses clubs de golf — avaient été emballées dans des cartons standard et déposées dans un garde-meuble de Queens dont le bail d’un mois avait été prépayé par mes soins. Les clés avaient été envoyées par coursier à son avocat commis d’office.
Le volet financier : Victoria avait immédiatement déposé une requête en gel conservatoire des avoirs de la holding familiale de Grant Vance, sur la base des preuves de virements frauduleux extraits de ma clé USB. Ryan avait détourné près de 1,2 million de dollars de mes comptes au cours des quatorze derniers mois pour éponger les dettes fiscales de son père et financer un train de vie de façade.
« Le procureur a rejeté toute demande de libération sous caution pour Grant Vance », m’informa Victoria. « Compte tenu de la gravité de l’agression avec arme et de ses antécédents de violences non purgées dans le New Jersey, il reste en détention préventive au complexe de Rikers Island. Pour Ryan, la caution a été fixée à cinq cent mille dollars en espèces. Diane tente désespérément d’hypothéquer leur maison de banlieue pour le faire sortir, mais la banque a bloqué la transaction en découvrant notre avis de saisie conservatoire. »
« Qu’il reste là où il est », répondis-je sans ciller.
« Il y a autre chose », ajouta l’avocate en baissant la voix. « Diane essaie de monter une campagne médiatique. Elle a contacté plusieurs tabloïds locaux en affirmant que vous êtes une milliardaire sans scrupules qui martyrise une famille respectable et tente de priver un père de son futur enfant. »