Véronique regarda le ventre d’Élodie.
Et tout devint clair.
De l’héritier.
Julien était l’unique fils de Raphaël.
L’existence de son enfant changeait immédiatement la succession du groupe Delcourt.
Sans descendant direct de Julien, une importante partie du patrimoine devait revenir à plusieurs membres de la famille de Véronique.
Mais si l’enfant d’Élodie était bien celui de Julien…
tout changeait.
— Vous saviez que j’étais enceinte, murmura Élodie.
Véronique ne répondit pas.
— Vous le saviez.
— Oui.
Raphaël se leva brusquement.
— Depuis quand ?
— Depuis les funérailles.
Il resta pétrifié.
— Quatre mois.
Véronique commença à pleurer.
— Raphaël, écoute-moi…
— Pendant quatre mois, tu m’as laissé croire que mon fils était mort sans enfant ?
Elle tenta de prendre sa main.
Il recula.
— Ne me touche pas.
Élodie ouvrit alors l’enveloppe.
À l’intérieur se trouvait une lettre de Julien.
Adressée à son père.
« Papa,
Si tout se passe comme prévu, je te donnerai cette lettre dimanche.
Élodie est enceinte.
Je sais que tu vas être surpris, mais je n’ai jamais été aussi heureux.
Tu vas être grand-père. »
Raphaël n’arriva pas à lire davantage.
Ses yeux se remplirent de larmes.
Il regarda Élodie.
Puis son ventre.
— Julien savait ?
Elle sourit à travers ses propres larmes.
— Oui.
Elle sortit de son sac les petits chaussons blancs.
— Il les avait achetés le soir où je lui ai annoncé.
Raphaël s’effondra sur sa chaise.
Véronique détourna les yeux.
Mais Élodie n’avait pas terminé.
— Il y a encore quelque chose que vous devez savoir.
Raphaël releva la tête.
— Quoi ?
Élodie posa une seconde enveloppe sur la table.
— Julien avait déjà fait le nécessaire pour reconnaître officiellement l’enfant avant sa naissance.
Cette fois, Véronique devint blanche.
## PARTIE 3
Julien avait signé une reconnaissance anticipée de paternité plusieurs semaines avant l’accident.
Le document était parfaitement légal.
L’enfant qu’Élodie portait était officiellement son fils.
Un garçon.
Raphaël prit le papier avec des mains tremblantes.
— Un petit garçon ?
Élodie acquiesça.
— Julien voulait l’appeler Gabriel.
Raphaël ferma les yeux.
Son fils avait choisi le prénom de son petit-fils.
Et personne ne lui avait permis de le savoir.
Il se tourna vers Véronique.
— Rentre à la maison.
— Raphaël…
— Non.
Sa voix était calme.
Ce calme était plus terrible qu’un cri.
— Ce que tu as fait ne concerne plus seulement notre mariage.
Il désigna les documents.
— Tu as intercepté des courriers, menti à une femme enceinte et essayé de cacher l’existence du fils de Julien.
Véronique pleurait.
— J’avais peur de tout perdre.
Élodie la regarda.
— Et vous étiez prête à faire perdre à mon fils toute sa famille.
Véronique n’eut aucune réponse.
Raphaël demanda au chauffeur de la raccompagner.
Puis il retourna vers Élodie.
— Je suis désolé.
Elle secoua la tête.
— Ce n’est pas vous qui m’avez humiliée.
— Non.
Il avala difficilement.
— Mais je n’ai pas su ce qui se passait dans ma propre famille.
Il regarda son pull usé.
Puis le panneau RESERVED toujours posé sur la table.
— Et je suis désolé que la première fois que tu es entrée dans cette famille, quelqu’un t’ait donné l’impression que ta valeur dépendait de tes vêtements.
Élodie posa une main sur son ventre.
— Julien disait toujours que vous étiez différent.
Raphaël sourit tristement.
— J’espère qu’il avait raison.
Il tira la chaise.
— Tu veux bien dîner avec moi ?
Elle hésita.
— À cette table ?
— Elle était réservée pour ma famille.
Raphaël regarda son ventre.
— Donc exactement à la bonne table.
Élodie se rassit.
Six semaines plus tard, Gabriel naquit.
Raphaël était dans le couloir de la maternité.
Lorsque l’infirmière lui permit d’entrer, Élodie tenait le bébé contre elle.
— Vous voulez le prendre ?
Il sembla soudain terrifié.
— Moi ?
Élodie sourit.
— Vous êtes son grand-père.
Raphaël prit Gabriel avec une infinie précaution.
Le bébé ouvrit les yeux.
Pendant quelques secondes, Raphaël ne dit rien.
Puis il murmura :
— Tu as les yeux de ton père.
Et il pleura.
Véronique, elle, ne revint pas dans la maison.
Raphaël demanda le divorce.
Pas à cause d’un héritage.
Parce que la confiance avait disparu.
Elle reconnut avoir intercepté les courriers d’Élodie et renonça à contester les dispositions successorales concernant Gabriel.
Plusieurs mois passèrent avant qu’elle demande à rencontrer Élodie.
La jeune mère accepta.
Elles se retrouvèrent dans le même restaurant.
Véronique arriva sans bijoux.
Sans robe de soirée.
Élodie portait encore un pull simple.
Cette fois, Véronique ne regarda pas ses vêtements.
— Je ne vous demande pas de me pardonner.
— Tant mieux.
La réponse surprit Véronique.
Élodie poursuivit :
— Parce que je ne suis pas prête.
Véronique hocha la tête.
— Je comprends.
— Mais j’aimerais vous poser une question.
— Laquelle ?
Élodie regarda la table.
— Le jour où vous m’avez vue ici, avant même de savoir pourquoi je venais… qu’est-ce que vous avez vu ?
Véronique baissa les yeux.
— Une femme pauvre.
— Non.
Élodie secoua doucement la tête.
— Vous avez vu des vêtements usés. Puis vous avez inventé tout le reste.
Véronique sentit les larmes monter.
— Oui.
— C’est ça que vous devez changer.
Un an plus tard, Raphaël célébra le premier anniversaire de Gabriel.
Pas dans un palace.
Pas dans un restaurant étoilé.
Dans le jardin de la petite maison qu’Élodie avait partagée avec Julien.
Sur une table se trouvaient les chaussons blancs achetés par son père.
Et une photographie de Julien.
Élodie regarda son fils souffler maladroitement sur sa première bougie tandis que Raphaël riait.
Pendant une seconde, elle imagina Julien debout près d’eux.
Puis Raphaël lui demanda :
— À quoi tu penses ?
Élodie sourit.
— À la première fois où nous nous sommes rencontrés.
— Ce fameux restaurant.
— Oui.
Raphaël secoua la tête.
— Mauvais souvenir.
— Pas complètement.
Il sembla surpris.
Élodie regarda Gabriel.
— C’est ce soir-là qu’il a retrouvé son grand-père.