La première chose que ma belle-mère a détruite ce jour-là fut mon bouquet de fleurs.
La seconde, ce fut l’illusion que je faisais encore partie de sa famille.
Geneviève m’avait agrippée par le bras au milieu du jardin de notre somptueuse villa à Aix-en-Provence. Sous le soleil éclatant, devant une trentaine d’invités, elle m’arracha les roses blanches que je tenais contre ma robe bleu pâle.
« FEMME SANS HONNEUR ! TU N’AS PLUS TA PLACE ICI ! »
Elle déchira les fleurs, les jeta sur la pelouse et les piétina.
Je tentai de récupérer les tiges éparpillées, mais elle poussa une chaise contre mes jambes.
« À GENOUX ET DEMANDE PARDON ! »
Je repoussai la chaise.
« JE NE M’AGENOUILLERAI PAS DEVANT VOS MENSONGES ! »
Sophie, une femme de trente et un ans vêtue d’une robe blanche, s’approcha avec un sourire triomphant.
Elle me saisit par le poignet.
« TON MARI VA BIENTÔT M’ÉPOUSER ! »
Je me dégageai.
« Alors pourquoi portes-tu cette bague ? »
Son visage changea aussitôt.
Elle ramena sa main contre sa robe, cherchant à dissimuler l’anneau qui brillait à son doigt.
C’est alors qu’un homme en costume noir traversa brusquement le groupe des invités.
Il s’arrêta devant Sophie.
« SOPHIE ! TU M’AVAIS PROMIS DE M’ÉPOUSER ! »
La jeune femme recula.
« Gabriel ! Tu n’as rien à faire ici ! »
L’homme sortit une photographie de la poche intérieure de sa veste.
On y voyait Sophie, souriante, dans les bras de cet homme, une bague au doigt, devant une décoration portant leurs deux prénoms.
« NOUS AVONS ANNONCÉ NOS FIANÇAILLES LE MOIS DERNIER ! »
Geneviève resta pétrifiée.
Sophie tenta d’arracher la photographie, mais Gabriel recula.
Je récupérai l’image tombée sur la table la plus proche et la montrai aux invités.
« VOUS VOULIEZ ME CHASSER POUR UNE FEMME QUI VOUS A MENTI ! »
Un murmure parcourut le jardin.
Pour la première fois, Geneviève ne trouvait plus rien à répondre.
Mais l’histoire de cette photographie allait révéler bien davantage qu’un engagement secret.
Je m’appelle Élise Lambert. J’avais vingt-huit ans et j’étais mariée depuis quatre ans à Mathieu Delmas, trente-cinq ans, héritier d’une famille aisée de Provence.
Nous nous étions rencontrés lors d’un projet de restauration paysagère.
Mathieu travaillait dans l’aménagement de jardins historiques. Moi, j’étais fleuriste et décoratrice florale indépendante.
Nous avions commencé par discuter des arbres, des saisons et des fleurs adaptées au climat provençal.
Puis nos conversations avaient continué bien après la fin du chantier.
Il m’avait épousée contre l’avis de sa mère.
Geneviève dirigeait depuis longtemps un domaine familial qui accueillait des réceptions privées. Elle connaissait les propriétaires des plus belles maisons de la région et organisait régulièrement des événements destinés à entretenir ses relations.
Elle estimait qu’une épouse devait apporter à son mari une fortune ou une influence.
Je n’apportais ni l’une ni l’autre.
« Mon fils aurait pu épouser une femme de son rang », disait-elle.
Je pensais pouvoir lui prouver ma valeur par mon travail.
Pendant les premières années de notre mariage, je décorais gratuitement certaines réceptions du domaine.
Je préparais les compositions florales, supervisais les livraisons et travaillais parfois jusqu’au milieu de la nuit pour que ses invités découvrent un jardin impeccable.
Geneviève ne me remerciait jamais.
Elle présentait mes réalisations comme l’œuvre de son équipe.
Mathieu connaissait mes efforts. Il me disait que sa mère finirait par reconnaître mon talent.
Je voulais le croire.
Jusqu’à l’arrivée de Sophie Vernet.
Sophie était élégante, ambitieuse et possédait une petite entreprise spécialisée dans l’organisation d’événements de luxe.
Geneviève l’avait rencontrée lors d’un salon professionnel à Marseille.
Très rapidement, elle l’avait invitée au domaine.
Sophie savait exactement comment séduire une femme comme ma belle-mère.
Elle complimentait ses bijoux, admirait son jardin et parlait sans cesse de prestige et de relations importantes.
« Votre famille mérite une femme capable de comprendre ses ambitions », lui disait-elle.
Je voyais parfaitement le sens de cette phrase.
Mais Geneviève semblait ravie.
Elle commença à inviter Sophie à toutes les réceptions, même lorsque celle-ci n’y travaillait pas.
Puis elle lui proposa de s’occuper d’une partie des événements du domaine.
Un soir, Sophie prit ma place à table.
Lorsque je lui demandai de se déplacer, Geneviève intervint.
« Sophie doit discuter d’affaires avec Mathieu. Tu peux t’asseoir ailleurs. »
Mathieu protesta.
Mais sa mère transforma immédiatement la scène en conflit familial.
« Je ne peux donc plus recevoir mes propres invités comme je l’entends ? »
Par lassitude, je choisis une autre chaise.
Ce fut une erreur.
Car à partir de ce jour, Geneviève comprit qu’elle pouvait me déplacer devant tout le monde sans perdre l’approbation de son fils.
Quelques semaines plus tard, Sophie commença à porter une magnifique bague ornée d’une pierre claire.
Lorsque je lui demandai si elle venait de se fiancer, elle répondit en riant :
« C’est simplement un cadeau que je me suis offert. »
Je n’insistai pas.
Pourtant, je remarquai qu’elle retirait parfois la bague lorsque Mathieu entrait dans une pièce.
Un jour, je la vis répondre à un appel dans le jardin.
« Oui, mon amour. Tout se passe comme prévu », murmurait-elle.
Elle s’interrompit en m’apercevant.
« Encore toi ? Tu n’as donc rien d’autre à faire ? »
Je retournai à mon atelier.
Je trouvais son comportement étrange, mais je n’avais aucune raison de penser qu’elle préparait un mensonge d’une telle ampleur.
Puis Geneviève annonça qu’elle souhaitait organiser une grande réception dans le jardin.
Elle voulait des arches de roses blanches, des tables romantiques et une décoration digne de fiançailles.
Je fus surprise.
« Qui se fiance ? »
Elle sourit froidement.
« Tu le découvriras au moment venu. »
Deux jours avant la réception, ma belle-mère m’accusa brusquement d’adultère.
Elle avait découvert que j’avais déjeuné avec Thomas, un ancien collègue fleuriste venu me proposer un contrat pour un hôtel.
« Une épouse respectable ne rencontre pas des hommes en cachette », lança-t-elle.
Je lui montrai nos échanges professionnels.
Elle refusa de les lire.