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La nuit sur les hauteurs de la baie d’Antibes ne ressemblait à aucune autre, ou plutôt elle ressemblait exactement à toutes celles que l’argent facile et la vanité savaient fabriquer. Suspendue au flanc de la falaise comme un bloc de verre et de béton immaculé, la Villa Mirasol déversait dans la tiédeur méditerranéenne des flots de musique électronique filtrée, de vapeurs de champagne millésimé et de rires savamment calibrés. Les projecteurs sous-marins de la piscine à débordement donnaient à l’eau une teinte turquoise presque toxique, reflétant les silhouettes élancées d’invités qui ne vivaient que pour la surface des choses. On s’observait sans en avoir l’air, on évaluait le prix d’un poignet à sa montre, l’authenticité d’un réseau à un salut négligent de la main, et chaque sourire paraissait calculé pour flatter l’objectif d’un smartphone tourné vers soi.

Puis, sans bruit d’échappement tapageur ni cortège de flatteurs, un jeune homme franchit la haute grille de fer forgé laissée entrouverte pour le va-et-vient des convives. Il portait un sac…

Le grondement sourd de la moto rose s’évanouit au détour de l’allée bordée de lauriers et d’oliviers centenaires, laissant derrière lui une fine odeur d’essence brûlée et un vide vertigineux. Sur le gravier blanc immaculé de la cour d’honneur, la poussière retombait lentement dans l’air brûlant de l’après-midi.

Sybille se tenait immobile, les bras ballants le long de son tailleur immaculé qui semblait tout à coup peser des tonnes sur ses épaules. Ses lunettes de soleil de créateur,…

Le grondement sourd des turbines écrasait la quiétude matinale du domaine des Hautes-Rives, une forteresse de marbre et de verre suspendue au-dessus de la vallée rhodanienne. Les pales de l’Écureuil noir tournaient à plein régime, soulevant des bourrasques d’herbe coupée et d’effluves de kérosène qui giflaient le visage des quatre protagonistes figés au bord de l’héliport privé.

Le jeune jardinier s’appelait Samuel. À vingt-quatre ans, il avait les mains d’un artisan de la terre, rugueuses, calleuses, désormais zébrées de coupures sanguinolentes et tachées de graisse mécanique. Sa…

La pluie d’octobre battait les vitrines de la Place Vendôme, transformant les réverbères en halos dorés et brouillés. Devant la façade austère et majestueuse de la Maison Vaneau, joaillier séculaire dont les velours sombres avaient vu défiler têtes couronnées et fortunes industrielles, une jeune femme hésitait sur le trottoir mouillé.

Éléonore Laurent resserra contre elle les pans de son vieux trench beige délavé par les intempéries. Ses bottines en cuir usé portaient les traces de boue d’un trajet pressé en…

La poussière de l’arène royale s’élevait en volutes lourdes sous les sabots d’acier de la bête. Balthazar n’était pas seulement un étalon ; c’était une tempête de muscles sombres, une force brute arrachée aux steppes sauvages du nord, dont le regard injecté de sang défiait quiconque osait franchir l’enclos de chêne massif. Trois palefreniers royaux avaient déjà péri sous ses ruades briseuses d’os, et les cicatrices sur le poitrail de l’animal témoignaient de fers brûlants, de fouets impuissants et de chaînes brisées.

Au sommet de la tribune d’honneur, abrité sous un dais de velours pourpre orné de lys d’or, le roi Léopold riait encore. C’était un rire sec, arrogant, né de l’ennui…

Le lustre monumental de la Villa Bel-Air projetait des éclats mordorés sur le marbre blanc du grand salon. Une centaine de convives tirés à quatre épingles célébraient les trente ans d’Alexandre de Valmont, héritier d’une vieille fortune de négociants maritimes et figure incontournable du tout-Paris mondain. Dans l’air saturé de parfums précieux résonnaient le cliquetis cristallin des coupes de champagne millésimé et les rires feutrés d’une assemblée habituée à juger le monde à la coupe d’une veste ou au prix d’un bijou.

Alexandre trônait au centre du salon. Costume sur mesure en laine froide d’Italie, montre au cadran squeletté valant le prix d’un appartement cossu, il savourait chaque seconde de cette soirée…

Le pavé de la cour d’honneur de l’université Panthéon-Assas réverbérait encore la chaleur lourde d’une fin d’après-midi de mai. Entre les colonnes austères et les marches de pierre usées par des générations de juristes en devenir, un attroupement s’était formé, dense, bruyant, attiré par un éclat insolent de rouge écarlate. Au centre de l’esplanade trônait une Ferrari SF90 Stradale, une merveille d’aérodynamisme aux galbes agressifs, dont la carrosserie vernie capturait chaque rayon du soleil couchant comme un piège de lumière. La voiture semblait appartenir à une autre planète, un monde inaccessible de privilèges indécents, garée avec une audace presque insultante en plein milieu de l’espace piétonnier.

Adossé contre la portière côté conducteur, un coude posé nonchalamment sur le toit en fibre de carbone, Julien de Roquefeuil savourait son triomphe. Étudiant en troisième année de droit des…

Le grand salon de l’hôtel d’Évreux scintillait d’un éclat réservé aux fortunes si anciennes qu’elles ne ressentaient plus le besoin de prouver leur existence, et à celles, beaucoup plus tapageuses, qui cherchaient désespérément à l’acheter. Sous les lustres à pampilles monumentaux datant du Second Empire, la haute société parisienne, mêlée aux financiers internationaux et aux héritières de passage, célébrait le gala annuel de la Fondation Montmirail. Le champagne coulait à flots, les rires feutrés se perdaient dans le murmure d’un quatuor à cordes discret, et l’air sentait le lys blanc, le cigare froid et la suffisance.

Parmi les serveurs qui sillonnaient la pièce avec une précision d’horloger, Clara tenait son plateau d’argent d’une main ferme, bien que ses doigts commençassent à s’engourdir. Vêtue de l’uniforme strict…