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Chapitre 2 – L’art du masque (suite) Dans le salon privé du Métropole, à l’autre bout de la ville, flottaient des effluves de bourbon vieilli, d’huile de truffe et de cigares de luxe. Gero von Berg faisait sourire un liquide ambré dans un verre en cristal, s’adressant à Rüdiger Voss son charismatique habituel. Rien sur ses traits parfaits ne trahissait le monstre qui, quatre heures plus tôt, avait débouclé méthodiquement sa lourde ceinture en cuir d’artisan italien dans la chambre d’enfant aux murs peints en vert sauge.

« La restructuration du conseil d’administration est bouclée, Rüdiger », déclare Gero d’une voix suave, en portant le verre à ses lèvres. « Les actionnaires minoritaires ont signé la cession…

Le silence qui régnait dans le bureau de Margaret Sloan, au vingt-deuxième étage de la tour de verre surplombant la ville brumeuse, n’était troublé que par le crépitement étouffé de la pluie contre les baies vitrées. L’odeur du cuir ciré, du café noir et du papier ancien me rappelait une époque où Harold était encore à mes côtés pour porter le fardeau des choix difficiles. Mais Harold n’était plus là, et la vieille femme de soixante-huit ans qui se tenait assise dans ce fauteuil n’était plus la mère dévouée et soumise qu’ils croyaient pouvoir piétiner à volonté.

Margaret ajusta ses lunettes à monture d’écaille, ses yeux perçants scrutant les cernes qui marquaient mon visage après une nuit blanche passée dans un motel anonyme en périphérie. Devant elle,…

Le troisième document m’a fait battre le cœur à tout rompre. C’était une police d’assurance-vie souscrite auprès de la Lloyd’s Syndicate, conclue il y a peine six semaines. Le capital garanti s’élevait à vingt-cinq millions de dollars, payable intégralement en cas de décès accidentel ou de disparition inexpliquée excédant quarante-huit heures en mer ou en zone marécageuse. L’unique bénéficiaire désigné était Mark Salgado.

Au bas de la dernière page, une clause manuscrite en petits caractères spécifiait qu’aucune autopsie privée ne pouvait être exigée si le corps venait à être retrouvé dans le périmètre…

Le tintement de l’argenterie contre la porcelaine fine devint le seul bruit audible dans la grande salle à manger. Personne n’osait lever les yeux de son assiette de faisan rôti. L’air s’était raréfié, saturé par la cire chaude des candélabres et le parfum entêtant des roses blanches, devenu presque suffocant.

Vivian ne me quittait pas des yeux. Ses lèvres s’étaient pincées en une fente si mince qu’on eût dit une cicatrice découpée dans son fond de teint immaculé. Elle attendait…

Le canon froid du silencieux pesait sur le front d’Amara avec la certitude d’un couperet. L’acier avait une odeur âcre, un relent de poudre brûlée et d’huile mécanique qui lui piquait les narines. Tout autour, la terrasse du Grand Dôme n’était plus qu’un champ de ruines feutré : des flûtes de champagne brisées scintillotaient parmi les nappes blanches maculées de sang, et les rares convives encore vivants rampaient vers les sorties de secours, étouffant leurs sanglots.

À deux pas, étendu sur le carrelage en marbre noir mouillé par la pluie fine de novembre, Julian gémissait doucement, les doigts crispés sur son épaule gauche traversée d’un trou…

Le grand escalier de chêne blanc semblait descendre vers une autre vie. En bas, le brouhaha des conversations feutrées, le cliquetis cristallin des flûtes de champagne et les accords légers d’un quatuor à cordes formaient un contraste presque obscène avec l’air saturé de terreur qui régnait sur le palier.

Je tenais Sophie blottie contre mon épaule droite. Son petit corps tremblait par saccades, ses petits doigts crispés sur le revers en satin de ma veste de smoking. Sur sa…

L’air sous la verrière du conservatoire devint soudain lourd, presque irrespirable. L’odeur d’humus mouillé, de fougères écrasées et d’eau stagnante montait du bassin à carpes koï, épaisse, étouffante. À quelques pas du sol pavé où Owen continuait de trembler sous ses linges, le silence ne protégeait plus personne.

Céleste avait fait un pas de trop vers Nolan Price. Ses doigts fins, manucurés avec un soin maniaque, s’étaient crispés dans le vide comme si elle cherchait une rampe invisible.…