Le couloir ouest du lycée San Clemente paraissait toujours plus long que les autres, une sorte de faille temporelle où la lumière défaillante semblait se figer contre les murs passés à la chaux. Bianca Moretti y pensait chaque matin lorsque les roues de son fauteuil roulant frôlaient les dalles de terrazzo clair, dont l’usure racontait le passage de générations d’élèves pressés d’en sortir. C’était une artère silencieuse, bordée de vieux tuyaux verticaux qui vibraient au rythme capricieux des chaudières souterraines, et dominée par un immense tableau d’affichage en chêne sombre, suspendu depuis des décennies à côté du laboratoire de chimie. Les élèves traversaient cette aile au pas de course, poussés par l’inconfort instinctif qu’inspirent les lieux oubliés, encombrés d’une poussière plus tenace qu’ailleurs.
Ce mercredi matin-là, un silence inhabituel régnait sous les voûtes. L’exercice d’évacuation annuel devait commencer d’une minute à l’autre. Toutes les classes avaient été minutieusement briefées, les professeurs martelaient les…