Le coup résonna encore dans l’appartement lorsqu’Élise serra Louise contre elle. Thomas resta immobile quelques secondes, les yeux fixés sur la porte d’entrée fermée à double tour, comme si ce simple battant de chêne massif venait de lui retirer tout son pouvoir. De l’autre côté, le silence était devenu presque insupportable. Élise entendait les sanglots étouffés de sa fille contre son épaule et sentait son bébé bouger dans son ventre, des soubresauts vifs en réponse à la décharge d’adrénaline qui lui brûlait les tempes. Malgré la douleur lancinante à la hanche et la peur qui lui nouait la gorge, elle comprit qu’elle ne pouvait plus protéger Louise en prétendant que tout allait bien. Thomas se releva brusquement et lui tendit une main rigide pour la forcer à se redresser du parquet. Elle recula en glissant sur les fesses, les bras formant un rempart autour de son ventre arrondi, tandis que Louise s’accrochait avec l’énergie du désespoir à son cardigan en laine grise. « Ne les approche pas », murmura Élise d’une voix tremblante mais distincte. Pour la première fois depuis des années, Thomas découvrit dans le regard de sa compagne une détermination sourde qu’il ne parvenait plus à briser d’un simple froncement de sourcils.
Trois nouveaux coups frappèrent le panneau extérieur, plus espacés et plus lourds cette fois, faisant vibrer la targette en laiton. Puis la voix grave du père d’Élise, Jacques, traversa le…